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Romy Bacon Savard
Lymphome

Devenir maman avec un cancer du sang (lymphome hodgkinien)

Lymphome

Blainville QC
Canada

En août 2020, alors que j’avais 33 ans, j’apprenais que j’étais enceinte de mon premier enfant. Mon conjoint et moi étions absolument comblés par la vie. Nous avions de belles carrières, des familles aimantes, des amis formidables et un bébé que nous attendions avec impatience. L’avenir s’annonçait lumineux. Zachary est né en avril 2021. Il était tout simplement parfait.

Lorsque Zachary avait 6 semaines, alors que je l’allaitais, j’ai senti une bosse dans mon cou. Je ne m’y suis pas attardée. Quelle maman d’un nouveau-né prend le temps de se soucier de ce genre de chose, alors qu’elle est constamment éprise de petits sourires qui font fondre son cœur (et très fatiguée)?

Deux semaines plus tard, à la fin de mon rendez-vous de suivi avec mon obstétricienne, cette masse dure dans mon cou m’est revenue en tête. Je lui ai montrée nonchalamment en lui demandant ce qu’elle en pensait. Il s’en est suivi plusieurs examens : bilan sanguin, échographie, résonance magnétique, etc.

Puis, par un superbe vendredi ensoleillé, ma médecin de famille m’a demandé de venir le jour même (préférablement accompagnée) à la clinique. Elle m’a alors informé que le scan avait décelé une masse de près de 5 cm au-dessus de ma clavicule droite ainsi que plusieurs autres tumeurs de différentes tailles dans mon thorax. Le tout, m’a indiqué ma médecin, s’apparentait fortement à un lymphome. C’est la première fois que j’entendais ce mot, mon conjoint aussi.

Je me souviendrai toujours de son expression emplie d’empathie; elle était très émue lorsqu’elle nous a annoncé la triste nouvelle. Mon conjoint a arrêté de respirer. Zachary a continué d’illuminer le bureau de son regard pétillant et de son grand sourire édenté. Il avait alors 3 mois et demi.

Je me souviendrai toujours aussi de cette phrase : « C’est très sérieux Romy, c’est un cancer. » Cancer.

Cancer. Cancer. Cancer. À chaque seconde qui passe.

Cancer. Mot fatidique qui a continué sans cesse de résonner dans nos têtes à travers le tourbillon de rendez-vous, d’interventions, d’aiguilles, de scans, de biopsies…

Cancer. À en avoir mal au cœur. À en avoir le cœur brisé.

Comment ma vie pouvait avoir basculée à ce point en un an? Cette année devait être la plus belle de ma vie!

Jamais je n’avais ressenti une aussi profonde tristesse. Je sentais un vide abyssal croître à l’intérieur de moi. Jamais je n’avais ressenti une aussi grande terreur que celle de ne jamais entendre mon bébé dire
« maman ».

J’ai lu récemment qu’un enfant est une merveilleuse consolation. C’est vrai. Zachary a été mon phare à travers le tumulte de la maladie; la lumière dans la tempête que je n’ai jamais quittée des yeux.

Maintenant que je suis guérie, voici ce que je retiens de mon expérience qui pourrait peut-être résonner auprès d’autres parents de jeunes enfants qui traversent l’épreuve d’un cancer :

  • Ne tentez pas de tout faire. Ce n’est pas le moment, pendant la durée de vos traitements, d’être le parent parfait (qui d’ailleurs n’existe pas, cancer ou non). Faites l’essentiel pour assurer le bien-être de votre famille, mais acceptez que votre énergie soit limitée. Profitez donc des moments où vous vous sentez en forme pour jouer, rire, lire et faire toutes sortes de petites folies avec vos enfants. Surtout, ne vous sentez pas coupable de ne pas en faire autant à la maison qu’avant la maladie et apprenez à accepter l’aide de vos proches.
     
  • Ne tentez pas, pendant la durée de vos traitements, de vous projeter dans le futur de vos enfants si cela vous génère de la peine ou de l’anxiété (encore moins si des pensées négatives vous amènent à l’imaginer sans vous). Vous ne contrôlez pas l’avenir. De la même façon que vous ne le contrôliez pas avant d’être atteint d’un cancer (rappelez-vous en).
     
  • Pendant les moments d’anxiété, tentez de rester pleinement et consciemment dans le moment présent. La présence de vos enfants à vos côtés sera alors bénéfique, puisque les tout-petits vivent intensément dans le présent, sans égard aux minutes qui viennent de passer, ni celles à venir. Tentez de reproduire leur comportement; de simplement vous amuser comme un enfant. Vous serez peut-être surpris d’en constater les bienfaits sur votre niveau de stress.
     
  • Finalement, ne vous oubliez pas… complètement. Vos enfants seront toujours votre priorité (même pendant un combat contre le cancer), mais cela ne veut pas dire de mettre tous vos besoins de côté, ni toujours. Prenez des moments pour vous (et votre couple, s’il y a lieu). Permettez-vous une pause. Vos enfants seront bien heureux de passer du temps avec les personnes qui les aiment et ils seront tout aussi heureux de vous retrouver plus détendu.

Garder à l’esprit que, malgré tout, vous continuez de créer de beaux souvenirs avec votre famille pendant la maladie. Les miens m’accompagneront toujours et j’en serai perpétuellement reconnaissante.